« Le papa de Marie a un beau parapluie
Le papa d’Hector est très très fort
Le papa d’Agathe a plein de cravates
Le papa de Juliette porte des lunettes
Et moi, mon papa n’a rien de tout ça…
Mais le soir quand je m’endors, il m’embrasse très très fort !
Bonne fête papa ! »


Ce poème, c’est celui que ma fille a appris à l’école cette semaine. Elle a aussi fait une carte, sur laquelle elle a écrit 5 fois le mot Papa, « parce que j’ai 5 ans Maman tu comprends », et sur laquelle elle a dessiné son papa tel qu’elle le voit.

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En voyant cette carte vendredi soir, mon cœur s’est serré. Parce que je lis ce poème avec ma sensibilité à moi et ma sensibilité de moi-maman, et je sais que non, son père ne l’embrasse pas très très fort le soir quand elle se couche. Forcément, il n’est pas là. Parce que je suis maman solo, que notre histoire de « couple » est une histoire a-normale, une histoire pas comme dans les livres, une histoire de grands, une histoire d’amour pourtant. Et que maintenant arrive peu à peu le moment redouté des « MiniB elle a pas de papa ? » interrogatifs de ses copains d’école. Et que même en ayant déjà profondément réfléchi à tout ça, à que dire, comment, quand, je me retrouve quand même face à mes doutes, et face à mes peurs aussi. Peur de lui avoir transmis un poids trop lourd pour ses frêles épaules, peur d’un manque chez elle, peur de la faire souffrir de mes choix et de mes évidences.


Mes enfants connaissent leur père. Ils savent à quoi il ressemble, ils passent une poignée de jours par an avec, ils ont une relation avec, une vraie relation, même si ce n’est pas la relation « classique ». Ma fille l’a parfois au téléphone. Pour de vrai ou pour de faux. Et elle veut se marier avec lui quand elle sera « grande comme toi Maman ». Mon fils le dessine parfois au hasard de ses dessins, alors qu’il ne l’a vu qu’environ 7 jours cumulés depuis qu’il est né il y a bientôt 3 ans. Qui suis-je pour questionner cette représentation, l’importance qu’il a pour eux, la place qu’il occupe tous les jours dans leur vie, présent dans leur tête et leur cœur malgré l’absence physique ? Qui suis-je pour croire qu’il leur manque ? Pourquoi leur manquerait-il, puisqu’ils n’ont jamais connu d’autre configuration, puisque pour eux la normalité c’est LEUR normalité ? Qui suis-je pour fantasmer ce manque, cette carence, et comment pourrais-je une seconde envisager de leur souffler, même inconsciemment, ce manque ? De quel droit ? Au nom de quoi ? Au nom de qui ?


Qui suis-je pour casser un rêve d’enfant et le remplacer par ma vision, mon ressenti à moi-femme et à moi-maman ? Où commence l’ingérence et – n’ayons pas peur des mots – la manipulation ? Quel avenir sentimental et parental est-ce que je leur promets si je casse la représentation de leur père qu’ils se sont construite ?


Tous les enfants ont un père. Tous les pères sont présents pour leur enfant. Qu’ils soient là pour les élever ou non, qu’ils soient des super-héros ou des vilinpabos, qu’ils soient ancrés dans leur vie ou juste rêvés ou imaginés. Tous les enfants aiment leur père, du moins tant que la vie ou les gens autour ne se sont pas chargés d’abîmer cet amour d’enfant, dans toute sa puissance et son innocence, dans toute sa candeur et son altruisme.


Alors à tous les papas de la terre, tous les papas de bras, de cœur, d’imaginaire, tous les papas passés, présents et à venir : Bonne fête.


L’amour d’un enfant est le bien le plus précieux qu’il soit. Respectons-le.

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B.