Aphrodite-Kyrene


Depuis la nuit des temps, c’est la faute de la femme. Toujours. Tout ça à cause de toi Eve, vile pécheresse, commune à tant de cultures, tant de religions, et qu’on retrouve même dans les textes sumériens. Tu as écouté le baratin du serpent, et toute émoustillée par sa longue queue, tu as croqué le fruit défendu et tu t’es jetée sur Adam, pauvre innocent qu’il était, totalement inculte en matière de kama-sutra, et tu l’as transformé en bête de sexe. Et le sexe, c’est sale. L’attirance, le désir, l’alchimie, la jouissance… c’est sale. C’est vraiment pas cool Eve. T’es vraiment une connasse.


Depuis toi, nous, les femmes, on raque. On expie. On souffre. On en chie. On en crève.


La femme accouche dans la douleur, c’est de sa faute, elle n’avait qu’à pas écarter ses cuisses, et puis faut bien souffrir pour expier la jouissance, et en silence c’est encore mieux, ça prouve le degré de sa contrition (ne haussez pas le sourcil, il y a encore peu quasiment toute parturiente entendait ces doux mots consolateurs).

Une femme qui se fait violer, c’est de sa faute, elle n’avait qu’à – au choix – rester chez elle, pas s’habiller en pute, pas entamer de dialogue avec un homme, changer de trottoir, s’attacher les cheveux, se lâcher le chignon, ne pas mettre de talons, ne pas avoir une migraine qui l’empêche d’accomplir ce si pieux devoir conjugal…

Une femme qui se fait battre par son mari, c’est de sa faute, elle n’avait qu’à pas le provoquer, elle n’avait qu’à fermer sa grande gueule et pas oublier de racheter un pack de 6 ou de repasser la chemise bleu clair à rayures grises.


A cause de toi ma chérie, nous sommes depuis la nuit des temps inférieures aux hommes. Puisque c’est toi qui a péché la première, et non ton mec, puisque tu as léché ta lèvre inférieure devant l’arbre de la Connaissance, puisque tu sentis ton ventre frissonner d’attente devant ce long serpent, puisque tu as été curieuse. Et la curiosité, de mémoire collective, c’est un vilain défaut. Très vilain. La concupiscence aussi. Salope va.

cranach


A toi seule, tu as provoqué des siècles d’oppression, de soumission physique et psychique forcée, d’abus, d’irrespect… Tu as ouvert la voie au patriarcat, au non-accès à l’éducation, au non-droit de vote, à l’infériorité des salaires, au viol, et non je ne m’égare pas et la liste est si longue que j’en oublierai toujours même si j’utilisais l’infinité de pages de mon doc Word. Toi femme commune à toutes les religions monothéistes. Chienne va.


C’est tellement simple de te jeter la pierre. Trop peut-être. C’est aller un peu vite en besogne. C’est oublier que la religion est avant tout affaire d’hommes. Et d’interprétations. Et de manipulations.


C’est aussi oublier qu’Adam, il l’a tellement avalée de travers, la pomme, qu’elle lui est resté coincée dans le gosier.

193pomme


B.