La compassion c’est ce truc qu’on a un peu trop oublié souvent dans nos vies. Un truc un peu vieillot, un peu suranné…  Ca sent la violette et la naphtaline, un truc de grands-mères quoi…

On connaît parfois l’empathie, rarement, et sur laquelle on crache volontiers, parce que c’est bon pour les cœurs tendres, pas pour les braves, parce que c’est trop tiède, pas assez rentre-dedans, faut du mordant de nos jours sinon on se fait bouffer paraît-il. L’empathie, c’est être capable par l’écoute ou la lecture de l’autre de comprendre sa souffrance, ses émotions et ses sentiments, de prendre ses chaussures et son fardeau et de le ressentir comme sien, pour mieux l’aider à avancer lui, elle, vous, moi, pour l’aider à retrouver sa route, à retrouver un souffle, à retrouver confiance aussi. C’est une qualité magnifique l’empathie. Souvent destructrice aussi. Parce qu’on se fait mal souvent quand on est trop empathique. On ressent trop. On s’oublie aussi puisqu’on « devient » l’autre. L’empathie est puissante, mais à double tranchant. C’est sans doute pour ça que si peu de gens osent la ressentir. Par peur. Et précision nécessaire, pratiquer le « moi, à ta place… », ce n’est pas de l’empathie.


On connaît la pitié, largement pratiquée, universelle. Celle qui donne un vernis de gentillesse et qui n’est qu’autosatisfaction déguisée. Quand on prend pitié, on se place en supérieur, on est mieux que l’autre, on le domine de tout notre être. On ne plus plus de l’autre que sa faiblesse. On l’écrase. On l’étouffe. Et on s’en réjouit intérieurement. Parfois même on réprime un « bien fait pour ta gueule » d’un sourire en coin, ou on sort un « c’est dégueulasse pourtant t’avais tout pour y arriver, nan mais vraiment hein, c’est fou LOOOOL » (oui, tant qu’on LOL ou qu’on smileyse, c’est de l’humour…).

On connaît la commisération, largement pratiquée aussi, puissante d’égoïsme. Sœur jumelle de la pitié, tout aussi fausse et puante. On dit blanc pour faire style et on pense noir. « Rho je suis vraiment désolée que tu aies ENCORE loupé ton permis, ma pauvre ».

On connaît l’apitoiement, qui fait pleurer avec l’autre dans le but de se sentir utile, connecté, valorisé. Qui ne sert à rien à part à faire « bien ».

On connaît et on pratique beaucoup la complaisance, quand on accorde nos sentiments ou nos pensées sur ce que l’autre ressent ou pense, pour mieux lui plaire, pour être moins seul face à soi-même. Pour être dans le groupe, dans la meute, tout en oubliant tout ce qui fait notre unicité.

Mais la compassion, on ne sait plus vraiment. Compatir, com-patir, cum patior, « je souffre avec ».

Compatir, c’est percevoir la souffrance de l’autre, la ressentir, sans se laisser envahir ou submerger, et tout faire pour l’aider à se relever. Y remédier. Réparer. Etre un soutien actif et efficace.

Compatir, c’est quand l’autre se noie, de ne pas se noyer avec lui, de ne pas pleurer sur lui, de ne pas rester spectateur, mais de lui tendre une branche et de le tirer de là.

Compatir, quand un enfant tombe, c’est lui tendre la main et le serrer contre soi, puis lui mettre un pansement, simplement, sans un mot « en trop ».

Compatir, quand votre voisine vous dit sa fatigue, c’est l’envoyer chez vous prendre un bain et dormir un peu, et rester chez elle pour s’occuper de ses enfants et préparer le repas.

Compatir, quand un inconnu se fait rabaisser, c’est se tenir bien droit à ses côtés pour qu’il ait l’appui pour se redresser, et prendre sa défense simplement parce que c’est juste.

Compatir, quand on croise quelqu’un qui a froid l’hiver, homme ou bête, c’est l’amener là où il fait chaud, lui offrir un café, un peu de pain, et s’assurer qu’il reparte mieux couvert.

Compatir, quand quelqu’un vous parle de sa peine, c’est respecter ses mots, respecter ses sentiments, les lui laisser car ils n’appartiennent qu’à lui, et par un geste, lui ouvrir une fenêtre là où la porte s’était fermée.

Compatir, quand un malade vous parle de sa souffrance, c’est l’entendre, et tout faire pour que cette souffrance soit prise en charge et soulagée. C’est aussi au dernier chevet d’un parent qu’on aime plus que tout accepter que cette fin qu’on repousse pour ne pas souffrir encore plus, ce soit à lui d’en décider, même si l’on n’est pas prêt. Parce qu’on ne le sera jamais.

La compassion est un des plus beaux sentiments qu’il ait été donné à l’humanité. Il serait temps de la ressortir de la boîte de Pandore. Pour tous ceux qu’on aime, pour tous ceux qu’on croise, pour nous aussi.

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B.