Ce billet d'humeur me trotte dans la tête depuis très longtemps, aussi longtemps que je suis sur Facebook je pense. Et l'élément déclencheur de ce billet est la teneur des échanges sur une page Facebook œuvrant pour la défense des droits des animaux que je consulte très régulièrement.

Qui, n'a jamais reçu comme remarque, lorsqu'on s'indigne d'un fait qui nous touche particulièrement ou lors d'un débat sur une thématique qui nous est chère : "Et les petits africains qui meurent de faim, tu n'y penses pas hein ?".

"Les petits africains qui meurent de faim" aimeraient beaucoup, je pense, cesser d'être instrumentalisés pour des raisons égoïstes et malvenues, merci -  ai-je surtout envie de leur répondre, et ce, même si le commentaire ne m'était pas adressé.

Bah oui, parce qu'on pourrait croire que les personnes qui disent cela sont peut-être membres ou donateurs d'ONG actives dans les pays où sévit la malnutrition, participent régulièrement à des débats, discussions et actions virtuels/réels sur ce sujet ? Non, la plupart de ces personnes ne sont pas plus investis que leur interlocuteurs. Mais comme, pour elles, le combat des autres sur ce sujet - et bien d'autres, car les sujets considérés comme "égoïstes" sont légion - est inutile ou superficiel, forcément de la frustration et l'agacement naît une réponse tout aussi frustrée, et égoïste de surcroit, car leur servant uniquement à défendre leur argumentation.

Pourquoi toujours ramener les opinions, les idées découlant d'un combat d'autrui au travers de ses propres combats ? Pourquoi ne pas enlever ses oeillères et voir de manière plus globale ? Que ce qui ne nous rapporte rien personnellement peut apporter à d'autres ?


À ceux qui disent que les personnes qui luttent pour que les animaux soient mieux considérés dans notre société sont égoïstes, je réponds que le jour où les violences et souffrances inutiles infligées aux animaux cesseront, l'humanité s'en verra relevée, grandie. Parce que la Terre appartient à tout les êtres vivants qui y habitent, et non aux seuls humains. C'est un cercle vertueux qui nous rendrait tous gagnants.

À ceux qui disent que les personnes qui luttent pour que cessent les violences conjugales sont égoïstes, je réponds que le jour où les personnes qui subissent ces violences oseront parler, où les temoins oseront dénoncer ces faits et la justice punir et accompagner leur auteurs, des milliers de vies ne seront plus brisées chaque année.

À ceux qui disent que les personnes qui luttent contre l'image dégradante de la femme dans les médias sont égoïstes, je réponds que le jour où le regard que l'on porte sur le genre féminin changera, le jour où on ne cantonnera plus la femme à un objet sexuel, à certains tâches, à certains métiers, ou à une image uniforme de l'apparence physique - ce dont les médias participent grandement - un nombre incalculable de femmes seront libérées des contraintes et diktats sociaux écrasants parfois. Ce n'est pas seulement deux ou trois femmes qui en profiteront, mais des milliers. Et tellement d'autres encore.


Pour conclure : à ceux qui pensent que les personnes qui luttent pour des causes autres que les leurs sont égoïstes, je leur réponds que leur frustration est compréhensible, mais que le mépris n'est pas utile pour défendre leur cause. C'est se fermer durablement des occasions d'échanger et sensibiliser, et surtout se faire définitivement passer pour des personnes obtues, imbues d'elles mêmes et égoïstes. Car incapables d'accepter d'autres maux que ceux qu'ils estiment légitimes. Il y a suffisamment de place pour d'autres causes que les siennes, à partir du moment où elles défendent des idées égalitaires, qu'elles visent à réparer une injustice, qu'elles ne segmentent pas les individus selon l'appartenance à un sexe, une religion, une ethnie. Il y a des sujets qui intéressent plus que d'autres, qui mobilisent plus que d'autres, c'est vrai. Mais dans ce cas, un raisonnement pragmatique est salvateur. On est plus attaché à une cause qui nous rappelle ou nous renvoie quelque chose personnellement, qui est tangible, qu'on peut presque toucher. Les causes dramatiques du bout du monde sont unanimement condamnées, mais peu arrivent à se projeter aussi loin.

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Notre société égo-centrée n'y est pas étrangère. Nos vécus, nos personnalités, nos passés, notre environnement non plus. Et cela peut changer, à condition d'éviter les écueils clivants et hautains, tout d'abord. Accepter qu'on n'a pas tous le même cheminement, ni les mêmes priorités. Que les combats sont comme les fils d'une même toile d'araignée finalement : ils partent dans tout les sens, mais finissent toujours par se rejoindre quelque part. Finalement, à traiter les autres d'égoïste, on finit par être plus égoïste que ceux qu'on dénonce. Dommage.

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