école

 

A vous les profs, à vous les instits, à vous parents, à nous tous...

On a besoin de vous. On a besoin maintenant plus que jamais que vous ne baissiez pas les bras, que vous continuiez de vous engager. Encouragez les débats. Nourrissez-les dans le plus pur esprit démocratique et républicain. Donnez à nos enfants les outils critiques pour s’informer et comprendre le monde dans lequel nous vivons et qu’ils ne trouveront pas forcément chez eux pour quelque raison que ce soit. Que rien ne soit tabou.

Ne tombez pas dans le piège de les condamner pour des opinions ou des attitudes qui vous heurtent ou vous choquent. Une certaine presse insiste sur les minutes de silence non respectées, faisant par là-même le jeu du « si tu n’es pas avec les bons alors tu es contre eux », sans se demander pourquoi on peut vouloir envoyer bouler cette injonction, niant là encore l’individualité, critiquant plutôt que de chercher à comprendre. Rappelez-vous que ces opinions ils ne sont pas nés avec. Et que c’est aussi l’absence d’un autre discours, d’une autre posture, d’un autre modèle dans leur vie de tous les jours qui a fait que c’est ces idées et principes ou ce rejet de principes qui vous sont chers qui se sont implantées en lieu et place d’autres. A vous d’apporter d’autres idées, d’élargir le champ de leur réflexion. A vous de cultiver les cerveaux en friche, de semer des graines de liberté de pensée, de pensée critique. Apprenez-leur à douter toujours, à questionner sans relâche. Montrez-leur que d’idées différentes, de conceptions différentes, l’unité peut parfois jaillir, et que même si elle n’est pas au rendez-vous cela n’empêche en rien le respect des individualités et des différences parce que c’est bien ça qui nous fait le plus cruellement défaut. Parlez avec eux de ce qu’ils ont vu. De ce qu’ils pensent de tout ce qui est arrivé. Donnez-leur un espace pour s’exprimer, pour verbaliser tous leurs ressentis. Et si le dialogue empiète sur le programme, tant pis pour le programme. Il est secondaire par rapport au présent. Osez parler de religions. Le prosélytisme n’a certes aucune place à avoir à l’école mais la culture et l’histoire des religions en a une et elle est trop minime.

A vous profs d’histoire-géo, l’Histoire de demain s’écrit maintenant. S’il est essentiel d’étudier le passé pour tenter de ne pas le reproduire et connaître le long chemin qui nous a mené jusqu’ici, réservez tous les jours une place à l’actualité, au maintenant d’ici et d’ailleurs. Apprenez-leur à mettre en perspective les événements.

A vous profs d’informatique, apprenez à vos élèves à se servir d’Internet. Apprenez-leur quel formidable outil d’information globale il peut être. Apprenez-leur à identifier et multiplier leurs sources, ouvrez leur horizon virtuel.

A vous, profs de philo, apprenez-leur à faire à la distinction entre foi, religion, et utilisation politique et idéologique de la religion.

A vous profs de lettres, nourrissez leur goût pour la lecture, et si les œuvres au programme ne font pas écho, sortez des sentiers en proposant des œuvres qui feront écho et auxquelles ils accrocheront. Rien ne vous empêchera de recoller par la suite au programme.

A vous instits, donnez-leur la possibilité d’exprimer par les mots ou les dessins leur vision de tout ce qui s’est passé. Aidez-les à mettre des mots sur les images qu’ils ont pu voir parce que nul doute qu’ils en ont vu et ils sont loin d’être équipés pour (et comment le seraient-ils alors que nous-mêmes adultes ne le sommes pas forcément).

A vous parents, transmettez vos valeurs, transmettez le pourquoi de vos valeurs, mais ne faites pas de l’adhésion à vos valeurs un devoir que votre enfant aurait envers vous. Nos enfants ne sont pas et ne seront jamais nous. Mais ils sont demain et à ce titre nous avons le devoir, nous parents, de leur ouvrir tout le champ des possibles et de les aider à construire leur chemin propre. Le respect de l’autre, le vivre ensemble, commencent à la maison et commencent par le respect de la personne de l’enfant/de l’adolescent et, au-delà, par le respect des besoins de chacun, sans que quiconque ne se sente lésé. C’est un équilibre difficile à trouver, délicat à maintenir, mais c’est essentiel. Aussi bien dans notre vie de maintenant que dans leur vie de demain. Et apprenez-leur à rire d’eux-mêmes, à rire de vous, à rire de tout, ensemble.

A nous tous, écoutons et dialoguons.  Dialoguons encore et toujours et toujours plus. C’est en cherchant à instiller une pensée et des informations figées que l’on annihile toute pensée propre et tout esprit critique. Le monologue est autant notre ennemi que le leur. Cultivons leur liberté de pensée, leur pensée critique.

Et à vous, nos dirigeants, que l’Education devienne réellement une de vos priorités. S’il vous plaît. Pour une fois plutôt que de vouloir policer en aval, prenez le problème à la source. Trop d’enfants, trop de jeunes, sont en situation d’ « échec scolaire » ou décrochent de l’école et sont laissés sur le côté, par manque de moyens, par manque de temps, par manque d’écoute. Vous voulez que l’ « union » perdure ? L’union commence dès l’enfance et sur les bancs de l’école. L’union, ou plutôt l’inclusion. Car on ne peut s’unir à une société qui ne nous donne pas les mêmes opportunités à tous. Plutôt que de construire des prisons, construisez-nous des écoles.

 

B