DSC06149 - photo perso

 

Ce soir je vais vous parler de chats. De jeunes chats, ou de grands chatons, selon ce que vous trouvez le plus mignon. C’est mignon les chatons, les chats. Tout le monde les aime, sauf ceux qui sont plutôt chiens. Mais moi je suis une fille à chats, j’ai toujours été chats, je suis née avec des chats et j’ai grandi avec des chats. Je n’ai jamais vécu sans chats, sans au moins un chat.

Alors voilà, ce soir je vous parle de chats. D’un de mes chats. Des chats j’en ai cinq en tout. Deux casaniers, un jeune et un moins jeune, tous deux rouquins aux yeux d’or, vrais patachons qui défaillent sous les tentatives de caresses de mon fils et dorment toujours l’un lové contre l’autre, tête contre ventre, en ronronnant. Un semi-sauvage, petite panthère noire aux yeux verts, frère d’un des rouquins, qui vient squatter le coin du poêle l’hiver et qui dort à la belle étoile le reste du temps, toujours dans le jardin, histoire d’être là sans être vu, je pense qu’il préfère la tranquillité au brouhaha des gosses. Un « externe », noir de poil et aux yeux d’ambre, celui qui était avec nous quand on a emménagé ici et qui a fui à l’arrivée des deux frangins, refusant sans appel de partager sa maison. Il est parti chez une de mes voisines. Une mamie adorable qui ne voulait plus d’animaux (hors ses poules) depuis la mort de son chien. Elle n’était pas chats. Il a su conquérir ce territoire vierge, n’a pas sourcillé quand elle l’a rebaptisé « Pupuce » et coule des jours heureux comme un coq en pâte chez elle, revenant nous dire bonsoir tous les soirs et, quand elle s’absente, manger à la maison, un peu comme à l’hôtel, il paye sa gamelle de quelques regards et frottements, jamais de miaulements, c’est un chat silencieux.


Et puis il y a Carapate. Carapate, tigré gris aux yeux verts et aux moustaches de morse, est arrivé dans mon jardin à l’été 2013. Un chaton en trop quelque part, qui avait décidé de poser là les valoches qu’il trimballait depuis 6 semaines, pas franchement sevré, pas franchement sociable, franchement affamé, franchement bardé de puces et de vers, une gale en prime dans l’oreille. Au bout d’une bonne semaine de roucoulades, j’ai réussi à le faire entrer. Il a passé encore une semaine à se planquer, de dessous de buffet à dessus d’armoire, toujours collé contre un mur, toujours furtif. Puis il a jeté l’éponge, il avait trop besoin de contact. Visite chez le véto, traitements divers et variés, 3 semaines plus tard il était retapé intégralement et ne quittait plus mon épaule que lorsque je sortais, me ronronnant à l’oreille le reste du temps. Deux semaines plus tard, il disparaissait. Il est sorti un matin et n’est plus revenu.

Trois mois plus tard, en début d’hiver, alors que je revenais d’accompagner ma grande à l’école, j’entends un miaulement tout rauque sortir de sous ma haie. J’appelle, j’entends les feuilles bruisser, puis plus rien. Je rentre. Un orage éclate, dehors c’est le déluge, je ressors, au cas où, je rappelle. Une fusée tigrée me passe entre les jambes et file se planquer sous le buffet. Carapate était de retour. Re-visite chez le véto, re-retapage de chaton, pas eu besoin de le ré-apprivoiser, il a repris ses marques comme s’il n’était jamais parti, et j’ai découvert qu’un chaton de 6 mois et des brouettes ça tient encore très bien sur l’épaule, même si ça prend un peu plus de place qu’un chaton de 2 mois. Ca a plus de griffes, forcément.

Six semaines plus tard, bon pied bon œil, Carapate le bien nommé s’est re-carapaté. J’ai eu beau l’appeler, tourner dans quartier puis dans le village, je ne l’ai pas retrouvé. Les semaines ont passé, le cap des 3 mois est arrivé, j’ai guetté, à nouveau appelé, sait-on jamais des fois qu’il aurait été équipé d’un organiser intégré… Rien. Au bout de 6 mois je me suis dit qu’il était probablement mort, un coup de voiture, un coup de croc, un coup de fusil, un coup de poison… dans mon village les gens sont plus chiens que chats, alors forcément…


Il y a 8 jours, alors qu’on revenait d’une balade dans les champs, ma fille m’agrippe le bras et me dis « Maman ! J’ai vu Carapate ! ». Je me dis qu’elle a dû voir un chat qui lui ressemblait, je lui demande si elle est sûre, elle l’est. Je regarde vers là où elle pointe son doigt, et effectivement il y avait un chat, tigré, assis là, qui nous regardait. Trop loin pour que je voie bien sa tête, s’il avait un cercle de poils clairs autour des yeux ou des moustaches de morse. Dans le doute, j’appelle. Deux fois. Et le chat s’est mis à marcher vers nous à petits pas pressés, puis à courir façon lapin de garenne, jusqu’à être à mes pieds. Il n’a pas hésité et quelques plantages de griffes plus tard il était à nouveau lové sur mon épaule, le cul en équilibre précaire, et se frottait contre mon cou en miaulant-roucoulant. On était partis à trois, on est rentrés à quatre, un qui ronronne, deux qui pleuriaient de joie et moi l’œil humide qui n’y croyait pas. Les jours qui ont suivi, il est repassé chez la véto, on a entamé un traitement contre cette bronchite qui le faisait respirer en deux temps et ronfler comme une motocyclette, j’ai fait du porte à porte mais personne ne m’a répondu « oui il était chez moi ». Je ne sais pas où il était pendant cette année d’absence. Mais je m’en fous.


Carapate est revenu.

 

B