Latribunelangues-de-putes, kesako ?
Lorsqu'une personne apprend mon métier, il lui arrive de me poser des questions concernant mon ressenti, mes perceptions. J'y réponds souvent avec grand plaisir mais... Je ne suis pas représentative de toutEs les TDS.
Malheureusement, les putophobes et abolos parviennent à nous silencier, prenant la parole à notre place, ce qui donne bien souvent une image tronquée de notre activité.
J'ai donc demandé sur un groupe de TDS (non-mixte, c'estnotrehavredepaix) si quelques unEs parmi nous se sentaient prêts à répondre, avec leur vécu, leurs impressions aux questions d'une lectrice.
/!\ Les questions se posent EN MP, via la page, et nous déciderons de répondre à celles qui nous semblent pertinentes/safe/intéressantes.

Source: Externe

La question du lundi:

"Comment gérez-vous l'objectivation dont sont victimes les TDS?"
"Pour ma part, je vis avec l'idée qu'ils me considèrent comme un objet... Tout en refusant qu'ils me traitent en tant que tel. Cela fait partie de ces aspects que je n'aime pas dans mon métier. Pour faire simple, je suis escort-girl très axée sur le "social-time" (discussion non rémunérée après l'acte sexuel), et j'aime en profiter pour leur rappeler que nou-e-s, escorts, ne vendons pas notre corps, mais nos services.
J'aimerais également revenir sur un concept, objectivation et soumission ne vont pas forcément de pair, il est temps de s'en rendre compte. Lorsqu'un client me demande si je suis soumise sexuellement, je réfute. Après tout, si je change d'avis durant la prestation, c'est que monsieur m'aura traité comme un sujet, qui accepte donc de revêtir, avec beaucoup de plaisir, ce costume de soumission."
Quatre, 24 ans, escort-girl en Belgique depuis cinq ans
De mon côté, je ne vis pas cette objectivation d'une manière plus violente que lorsque j'ai travaillé chez mac do, à vrai dire, je la vis même bien mieux, et puis je ne vends pas mon intimité, juste mon vagin et ma douleur (je suis maso mais pas soumise, ce qui donne parfois lieu à de gros malentendus). Je crois que je suis toujours partie du principe que dans le monde du travail "alimentaire" je n'étais qu'un objet, et là au moins, je choisis comment et à quel prix.
Alienore, escort girl sur paris et strasbourg.
Je ne me sens pas objectivée, car le client vient chercher chez moi quelque chose qu'il ne peut pas trouver chez d'autres personnes. Par contre, lui est remplaçable pour moi, le rapport de pouvoir est donc en ma faveur.
TDS anonyme , 25 ans, femme cis.
Je ne me sens pas objectifiée, car je propose des services d'humain à humain consentants. Cela ne se passe pas comme si je prêtais mon corps et que mon esprit attendait que ça soit fini. Est-ce qu'un kiné se sent objectifié parce qu'on se sert de ses mains pour notre bien-être ?
TDS anonyme, 23 ans, Bordeaux
L'objectivation est notre condition de meuf, sexualisées malgré nous, peu importent que nos rapports soient gratuits ou non. Nous n'avons que peu d'autres d'autres manières de nous valoriser, hélas, et toutes les autres dépendront en grande partie de celle ci. cette valorisation demande un travail: faisons le payer. 
(Anonyme)
Il arrive que je sois/que je me sente objectivée (par des hommes) dans mon activité comme dans ma vie privée, malheureusement. Ca s'appelle l'hétéropatriarcat, et c'est un problème en soi, mais je ne pense pas que c'est un problème inhérent au travail du sexe.
Oui, c'est parfois pesant de vivre ça. Cependant, au moins en tant qu'escort j'en suis consciente et je choisis de l'assumer pendant mes rencontres, ce qui n'est pas le cas dans ma vie "civile", où, par exemple, je n'ai aucune emprise ou prise de pouvoir sur le harcèlement de rue, et où je n'en retire rien du tout. Je dirai qu'aller à un rendez-vous tarifé, c'est notamment, pour moi, admettre et utiliser l'objectivation, et en retirer une rétribution financière.
Et sinon, dans mes relations sexuelles hors-prostitution, je dirais que cela peut arriver, avec mon consentement, et que ce n'est pas intrinsèquement un souci d'être un "objet sexuel" à l'occasion dans le cadre de relations charnelles. Ce qui est nul et problématique, c'est que toutes les femmes soient objectifiées tout le temps sans leur consentement.
TDS anonyme, 22 ans, queer