Aujourd'hui, je ne devais pas écrire ici; ou du moins, cela n'était pas prévu.

Pour tout vous dire, je revenais d'un rendez-vous chez la sage-femme, remettant de l'ordre dans mes pensées afin d'en rédiger le compte-rendu  lorsqu'une voix m'a interpellée.

"Excusez-moi, je suis enceinte et je n'ai pas de quoi manger, auriez-vous une petite pièce?"

Pendant que je prenais mon portefeuille, mon Cis-mec-de-compagnie a sorti une pièce de ses poches, fronçant les sourcils en découvrant un centime. Elle a éclaté de rire, d'un rire joyeux et mélodieux.

"Avec une toute petite pièce, je ne saurais pas acheter grand-chose, mais c'est déjà ça !"

Je lui ai donné ma plus grosse pièce de monnaie, elle nous a remercié chaleureusement et nous sommes entrés dans la gare. Mais quelque chose n'allait pas...

Mes yeux étaient emplis de larmes, et pour le coup, les hormones n'y étaient pour rien. J'avais laissé dehors, dans le froid, une femme enceinte et dans une situation manifestement précaire. Heureusement, mon chéri a pris la parole.

"Va la retenir, je vais lui acheter quelque chose à manger".

Je suis sortie, la cherchant des yeux, mais elle avait disparu...
Mon compagnon est revenu de la boulangerie, me demandant de ses nouvelles, lorsque nous la vîmes sortir du magazin, un sachet contenant une bouteille de lait, une bouteille de jus et un pain.

"Merci, grâce à votre pièce, j'ai pu faire mes achats."

Mon chéri lui a offert un sandwich et une viennoiserie, et j'ai engagé la discussion.

"- Excusez-moi si je suis indiscrète, mais lorsque vous m'avez interpellée, vous m'avez bien dit être enceinte...
- Oui, d'un mois et demi
- Je suis également enceinte et j'avoue m'inquièter pour vous, avez-vous quelque part où dormir ?
- A l'abri de nuit, pour deux semaines encore et puis... Et puis je ne sais pas..."

Je lui ai laissé mes coordonnées, lui expliquant que je vivais dans un appartement trois chambres, dont une seule était occupée, lui signifiant que lorsqu'elle quitterait l'abri de nuit (aujourd'hui ou peu importe) elle pouvait me contacter, qu'on lui ferait une chambre, qu'on s'occuperait de son suivi ou de son interruption de grossesse, selon ses choix.

Je lui ai également demandé de me contacter au moindre soucis, au moindre besoin.

Elle nous a remercié chaleureusement, et a poursuivi son chemin, cherchant un abri pour déjeuner. Je l'ai perdue des yeux, et depuis, les larmes s'y sont installées.

J'ai laissé dehors, dans le froid, une femme enceinte et dans une situation précaire...

 

 Gauche

bougies

Depuis, je suis rentrée chez moi, et j'ai allumé des bougies, espérant avoir de ses nouvelles avant que leur flamme ne s'éteigne.

Quatre