#violenceconjugale
#changerderegard
#whyIstayed

Ces derniers jours, une affaire de violences conjugales a fait, et continue de faire, énormément de bruit outre-Atlantique : l'affaire Ray Rice.

Si vous n'en avez pas entendu parler, il s'agit d'un joueur de football américain, 27 ans, qui a été été filmé par une caméra d’ascenseur en train de frapper très violemment sa compagne au visage, puis de la traîner inconsciente hors de l'ascenseur. Vidéo qui a été rendue publique sur les réseaux sociaux, et a forcé un changement et de sanction (2 jours de suspension de match auparavant) et de perspective, et qui n'avait pas été exploitée par la police alors qu'elle figurait au dossier. Histoire classique de gros sous donc. Le coupable étant célèbre, riche, et précieux, tout avait été fait pour étouffer l'affaire. Loupé. (http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/09/10/etats-unis-scandale-dans-la-ligue-de-football-americain_4484760_3222.html)

Ce scandale a aussi donné naissance à deux hashtags sur Twitter : #whyIstayed et #whyIleft [pourquoi je suis resté(e) / pourquoi je suis parti(e)].


PoUrQuoI je SuIs rEsTée

Très souvent, trop souvent, quand je lis des commentaires sur des affaires de violences domestiques, reviennent en choeur flamboyant les "moi je serais parti(e)", "comment peut-on rester avec un homme comme ça", "il faut vraiment être conne pour rester", "il faut aimer ça pour rester" et autres joyeusetés.

90% du temps si ce n'est plus, on demande à la victime pourquoi elle n'est pas partie.

Cette formulation est en elle-même une condamnation : elle sous-entend que la victime a eu tort de ne pas partir. Elle n'ouvre pas le dialogue, elle n'incite pas à l'échange, elle place de par le choix des mots la victime en inférieure, braque sur elle un regard accusateur, incompréhensif, débilitant. "Pourquoi tu n'as pas fait ça ?" nous fait tous nous sentir en tort quand on nous le demande.

Le raisonnement inverse, "pourquoi es-tu restée ?", lui, au contraire, invite au dialogue. Il est ouvert. Il sous-entend qu'il y avait des raisons valables de rester. Il change la perspective du problème. Et en cela il est à la fois salvateur et libérateur. Il appelle à la prise de conscience de soi de la victime, et à la prise de conscience de la victime par le demandeur.


WhI  sTaYeen 14 ExTraits

"Il m'a appris que je ne valais rien, que je ne pouvais pas faire mieux. Il m'a fallu 25 ans pour désapprendre ça." (Evil Mom)

"Tel père tel mari. Telle mère telle fille. Je pensais que c'était écrit comme ça." (Anonyme)

"Parce qu'il m'a isolé de mes amis et de ma famille et que je n'avais personne vers qui me tourner quand les violences ont commencé." (Lady Grim)

"Ce n'est pas un jour il vous frappe, c'est tous les jours il fait tout pour vous rendre plus petite." (Elizabeth Plank)

"Parce qu'il m'a appelée et m'a dit qu'il se braquait un flingue sur la tempe." (Samantha Vernon)

"Le divorce est honteux." (Kaya Bo Grabibber)

"J'avais promis de lui donner une chance de 5 ans après qu'il m'ait frappé la première fois. Je suis partie parce que ma fille de 4 ans a tenté de se suicider." (Rae)

"Même si j'étais la seule à gagner ma vie pour la majeure partie de mon mariage, tout était à son nom. Je ne remplissait pas les conditions pour souscrire un crédit. Personne ne voulait me louer un appartement." (Anonyme)

"Parce que je ne savais plus qui j'étais." (Jayne Fagan)

"On m'avait dit que le mariage c'est pour toujours. Je ne voulais pas être une ratée." (Jessica Merrell)

"Je pensais que si je l'aimais assez il arrêterait. Je suis partie parce que je savais qu'il finirait par me tuer." (Anonyme)

"Il me disait que personne ne m'aimerait comme il m'aimait. Je suis partie parce que je me suis rendue compte que personne ne devrait jamais m'aimer comme il m'aimait." (Kirin Rosemary)

"J'avais honte, j'étais gênée, j'avais peur au point d'être paralysée. Je suis partie parce que j'ai choisi de vivre." (Beatrice)


PaCouPable

On ne mesure jamais assez la destruction psychique qui accompagne la destruction physique.
On ne mesure jamais assez la destruction psychique qui parfois remplace la destruction physique.


Une_femme_sans_visage

Et trop souvent on trouve des accusations directes ou indirectes à formuler à la victime, excusant par là même l'agresseur. Puisque si elle n'a rien fait, c'est forcément de sa faute alors. Le même raisonnement erroné s'applique aux victimes de viol qu'on considère responsable de l'abus subi au titre de leur comportement, de leur habillement, de leur confiance etc.

Il est plus que temps de changer de perspective, de discours, de message.

La victime n'est pas coupable. Elle est celle qui subit, celle qui souffre, celle qui ploie, celle qui résiste, celle qui tait, celle qui dit et que personne ne veut entendre, celle qui reste, celle qui part. Mais elle n'est PAS coupable.


B

(Source des extraits : http://www.upworthy.com/14-tweets-answer-why-i-stayed-11-broke-my-heart-but-the-last-3-gave-me-hope?c=is1)